fbpx

L’esclavage moderne sous toutes ses formes

Le Comité contre l’esclavage moderne  a répertorié les différentes formes de l’esclavage aujourd’hui.

Esclavage pour dette. Quand la misère est trop grande. Il touche des millions de personnes dans le monde. Quand la misère est trop grande, une personne contracte une dette que leur «prêteur» leur demande de rembourser en travaillant pour lui. Toute la famille se retrouve ainsi aliénée jusqu’au remboursement. Les esclaves travaillent tous les jours de l’année contre un peu de nourriture et un abri. Le plus souvent leur travail n’arrive jamais au bout de la dette qui peut même se transmettre à leurs enfants.

Travail forcé. Main d’œuvre sous la menace. Il concerne les personnes contraintes sous la menace d’effectuer des travaux difficiles dans des conditions parfois dangereuses. Leur rétribution est inexistante et ils sont souvent enfermés, privés d’identité, soumis à des violences physiques et psychologiques. Les enfants en sont les principales victimes, mais les adultes, hommes et femmes sont aussi concernés, des briqueteries de l’Inde aux champs de cacao du Bénin, en passant par la mendicité forcée ou le vol à la tire dans les capitales européennes, les courses de chameaux dans les pays du Golfe et la servitude domestique dans le monde entier.

Esclavage sexuel. Les femmes et les enfants victimes. L’exploitation sexuelle des femmes et des enfants, particulièrement vulnérables, constitue une des formes les plus répugnantes de l’esclavage. Souvent piégées par des trafiquants, les jeunes femmes sont victimes d’une extrême violence. Ces pratiques criminelles concernent les enfants dans certains pays d’Asie du Sud-est, et les jeunes filles, dans l’Est de l’Europe jusque dans nos villes, victimes de réseaux criminels qui pratiquent la traite des êtres humains. Quant au mariage forcé, qui entraîne des relations sexuelles forcées, il peut aussi signifier pour la fillette ou la jeune fille une vie de servitude domestique, de travail esclave ou de prostitution.

Esclavage traditionnel. Une survivance. Dans quelques rares pays (Mauritanie, l Niger, Soudan, différents pays du Golfe persique) subsiste un esclavage par ascendance, un groupe de population ou des individus sont considérés comme asservis de par leur naissance…

L’Organisation Internationale du Travail estime que 215 millions d’enfants âgés de 5 à 17 ans travaillent, dont 53 millions de moins de 15 ans qui font un travail particulièrement dangereux. Plus de 8 millions sont esclaves soit en servitude pour dettes, contraints à un travail forcé, recrutés dans des conflits armés ou prostitués.

DOMESTICITE (Restavèk) : une forme d’esclavage moderne des enfants en Haïti.

L’Enfant en domesticité se définit comme: des petites filles et des petits garçons dont leur âge peut être compris entre six à douze ans (6 à 12 ans) qui sont placés dans des familles d’accueil afin de servir celle-ci. Soulignons que partout dans le monde, le travail des enfants a entrainé des débats, plusieurs dimensions de la question ont été abordées. En effet,  des prises de positions diverses et variées ont été adoptées sur le développement de ces enfants qui, dans bien des cas, mènent des activités trop exigeantes pour leur force physique. En Haïti les enfants en domesticité poussent des cris de désespoir, mais ils sont souvent oubliés ou abandonnés chez des gens qui les maltraitent, qui n’ont pas peur de la loi à cause d’une certaine complicité avec les structures d’application ou tout simplement du mépris général à l’égard de ces enfants. Qui sont les enfants en domesticité? D’ou viennent-ils? Y a-t-il une législation qui les protège? Ainsi, un regard sur les conditions de vie des enfants en domesticité, sur leur origine, sur le développement psychosocial de ces derniers nous permettra d’appréhender la domesticité comme un phénomène social ayant des conséquences graves sur les enfants haïtiens

On estime à 400.000 le nombre d’enfants vivant en domesticité en Haïti. La plupart des enfants en domesticité sont des filles, mais on retrouve également des garçons. Les enfants placés en domesticité sont pour la plupart des enfants issus de familles vivant en milieu rural. Certains sont orphelins, d’autres sont membres de familles nombreuses, car rares sont les enfants dont les parents ont seulement 1 ou 2 enfants. Les enfants entrent en service à tout âge. Certains n’ont même pas 6 ans lorsqu’ils commencent à travailler comme restavèk.

 

Origine, cible et catégories des enfants en domesticité (Timoun restavèk)

Un restavèk est un enfant qui devient un esclave, il vient souvent d’une famille pauvre qui considère l’usage du travail de l’enfant dans une maison urbaine comme un prix équitable à payer pour les opportunités qu’il offre dans l’objectif que l’enfant sortira de la pauvreté et que ce dernier en pourra soutenir ses parent qui sont socialement et économiquement vulnérables. Dans la plupart des cas, ni les espoirs de l’enfant, ni ceux des parents ne se réalisent. Le restavèk passe plutôt ses années de développement loin de l’amour et des soins de ses parents, il s’est également éloigné du contact nourrissant de ses frères et sœurs, ses proches, privé de l’instruction de ses parent, soumis à de longues journées de travail sans rémunération et vivant dans des conditions inférieures à celles de la famille naturelle. L’enfant  restavèk accomplit tout service requis sous la menace constante de mauvais traitements physiques et d’injures, souvent infligés par les membres de la famille d’accueil. Il faut préciser que d’après une enquête menée par l’Institut Psychosocial de la famille, les restavèk sont des enfants compris dans l’intervalle de six à douze ans (6 à 12 ans), ils sont dans la majorité des cas de sexe féminin. Il est courant de rencontrer des petites filles qui commencent très tôt à vivre dans la domesticité. Selon une enquête de l’IPSOFA, les domestiques rencontrés sont majoritairement des petites filles (soit une pourcentage de 75%).

Les restavèk sont souvent abandonnés par leurs parents et livrés à des gens qui ont des moyens économiques pouvant répondre aux besoins de l’enfant et aussi dans l’espoir que ce dernier recevra l’éducation et l’instruction que ses propres parents n’en étaient pas en mesure de lui offrir. Cet échange se fait en étroite collaboration entre les parents et la personne concernée sans l’approbation de l’enfant. Historiquement, ce système aurait pris naissance dans les pratiques coloniales selon lesquelles un enfant esclave de descendance africaine travaillant en même temps dans la maison et/ou dans les champs pour les propriétaires de plantation et aussi dans une coutume qu’on retrouve dans de nombreuses sociétés y compris quelques pays de l’Afrique. Cependant ce système s’est élargi avec le taux de chômage et de la pauvreté qui augmente dans la société haïtienne. Depuis quelques années, les restavèk proviennent des familles très pauvres. Ce qui renforce la vulnérabilité de ces enfants qui sont souvent obligés de pratiquer la prostitution, le délinquance voire s’intégrer dans les gangs armés. Plusieurs de ces enfants déambulent à longueur de journée, dans les rues des grandes villes en train de quémander. D’autres sont tout bonnement associés à des groupes armés(gangs) et forment ce qu’ils appellent leurs propres cartels accomplissant différents forfaits.

Sur le plan national et international, les réflexions et questionnements se portent en particulier sur les conditions de vie des enfants en domesticité dans les familles haïtiennes. Comment peut-on parler de domesticité en Haïti? En Haïti, enfants en domesticité ou communément appelés restavèk  sont les appellations reçues par des petites filles et petits garçons qui sont placés dans des familles d’accueil afin de servir celles-ci. Ces enfants sont reçus en retour de la part de la famille d’accueil, la satisfaction de quelques uns de leurs besoins primaires tels que: nourriture, logement, vêtement et, éventuellement le paiement de cours dans une petite école. Ils font constamment l’objet de maltraitance, d’humiliation et ils sont considérés au bas de l’échelle familiale. Ces enfants restavèk sont contraints à travailler à longueur de journée, ils sont oubliés et ne font pas l’objet de beaucoup d’intérêt et d’attention. Malgré tout, la domesticité semble être un moyen pour les enfants restavèk de se procurer un prétendu mieux être par leur placement chez une personne vivant dans de meilleures conditions socioéconomiques, généralement l’enfant est avisé de cette décision juste avant de se rendre chez la personne qui le recevra comme futur domestique de la maison.
L’enfant  restavèk vit sous le toit de cette personne et dessert tout le monde moyennant un peu de nourriture et de vêtements. Comme déjà dit, dans la majorité des cas, il s’agit d’une petite fille, car les petits garçons sont moins nombreux à être astreints aux travaux strictement domestiques. Les enfants en domesticité sont souvent soumis à des principes régissant le fonctionnement de la famille d’accueil. Ils sont condamnés à être toujours soumis et serviables. Ils sont souvent victimes des actes de violence physique, verbale, psychologique, sexuelle et autres. Leurs droits sont très limités pour ne pas dire même inexistants, mais leurs devoirs sont très énormes. Notons que bon nombre de ces enfants n’ont toujours pas de contact avec leurs parents biologiques. Il y en a d’entre eux qui ont perdu tout contact avec leurs parents en raison des contraintes imposées par les personnes responsables.

Dans la société haïtienne, l’enfant en domesticité (restavèk) est souvent représenté comme un enfant mal coiffé, parfois en haillon, le visage émacié et ayant un sceau d’eau sur la tête. Dans certaines familles, ils ne font que des tâches ménagères. En fait, ils participent aux activités commerciales et agricoles dans la mesure oú ces dernières existent. Ils font des petites commissions pour tout le monde. Disons en grande partie c’est à eux que les maitresses et les maitres peuvent aller travailler ailleurs ou de mener d’autres activités en dehors du toit familial. L’esclavage et les coutumes similaires à l’esclavage englobent différentes situations, mais le problème qui y sont  associés ont de nombreuses similitudes. Les enfants victimes de l’esclavage ou de conditions similaires sont souvent séparés de leurs familles, devenant complètement dépendants des adultes étrangers pour assurer leur santé, leur sécurité et enfin leur bien-être. Les enfants n’ont pas de conscience de la situation dans laquelle ils se retrouvent. Ils ne sont pas libres de laisser la maison où ils travaillent de manière involontaire.

 

La législation haïtienne sur la domesticité.-

La législation haïtienne fait une différence entre l’enfant en domesticité, mineur travailleur et gens de maison. Appelés enfants en service par la législation haïtienne, dans la réalité quotidienne les enfants en domesticité sont couramment dénommés restavèk . Selon le décret mettant à jour le code du travail en date du 12 septembre 1961, l’enfant en service est celui âgé de 12 à 15 ans (article 341et 350). D’après l’article 350 de ce même décret, l’enfant en service ou en domesticité tel que défini ne reçoit pas, comme cela est mentionné antérieurement un salaire pour les services rendus à la famille de placement. L’article 345 du décret précédemment cité, mentionne les besoins et les obligations auxquels les enfants ont droit dans leur famille de placement. Selon l’article 349, les sévices psychologiques et châtiments sont interdits comme forme de punition. Dans le cadre de la violation de ces normes par une personne, l’Institut de Bien-être social et de Recherche (IBESR) comme instance publique et légale, soumettra un rapport au tribunal du travail qui peut imposer une amende entre mille et trois mille gourdes(1000 et 3000 gourdes). Le montant de l’amende sera donné aux parents naturels  de l’enfant.

Le mineur travailleur, est par contre âgé de 15 à 18 ans (art. 337) et travaille dans un établissement agricole, industriel ou commercial, il a les mêmes droits et les mêmes obligations que les majeurs en vertu de la législation du travail. D’après l’article 254, les gens de maison sont appelés de manière générale « bonne ou garçon de cour »

.
Si la législation haïtienne fait une différence entre ces trois catégories de personnes, la réalité n’en est pas faite vraiment. L’enfant en domesticité peut être considéré comme un mineur travailleur eu égard à son âge et comme bonne à tout faire ou gens de maison vu la nature des tâches auxquelles il est occupé habituellement. Par ailleurs, cela fait plus de 50 ans depuis que cette législation sur la domesticité des enfants existent et bien qu’Haïti ait pu ratifier le 19 décembre 1994 la convention des Nations-Unies relative aux droits de l’enfant et qu’on a même retenu une date pour célébrer la journée de l’enfant et le respect des droits de l’enfant, il n’existe pas de tentatives concrètes de la part de nos dirigeants haïtiens de mettre en vigueur les statuts sus-cités. Rappelons qu’Haïti par le biais de ses gouvernants, reconnait ses obligations légales envers la convention, mais pourtant les faibles ressources qui sont à sa disposition, empiètent sur les efforts pour protéger les enfants en domesticité. Donc ces statuts et l’adoption de la convention des Nations-Unies n’ont pas contribué à une amélioration certaine du sort de ces enfants.

 

Les conséquences de la domesticité sur le développement psychosocial des enfants.-

Généralement, les parents haïtiens donnent leurs enfants en domesticité dans le but de leur donner accès a une vie meilleure ou tout simplement parce qu’ils ont eux mêmes trop de bouches à nourrir. Pourtant ces enfants finissent parfois dans la pauvreté, sans instruction et sont incapables physiquement et psychologiquement de s’épanouir complètement. On a remarqué chez ces enfants certains éléments qui sont des conséquences directes de la domesticité comme: la dépression, l’anxiété, l’amour propre atrophié, les troubles du comportement et enfin un taux plus élevé des maladies liées à des chocs émotionnels. Par conséquent, ces éléments constituent un certain manque de préparation pour la vie adulte et érigent à long terme des barrières pour eux et leur progéniture. En effet, la majorité des filles en domesticité tombent enceintes dès l’âge de la puberté. La réponse la plus courante de la part de la famille de placement est la forcer (la fille enceinte) de quitter la maison. D’autres enfants qui échappent aux mauvais traitements dans les familles de placement, se réfugient dans les rues. Lorsqu’ils y sont installés, pour se protéger, ils se rejoignent à des groupes de gangs. Souvent ils sont obligés de voler ou s’adonnent aveuglement à l’usage de la drogue, dans le cas des filles, elles se font prostituées. Contrairement à ce que croient les parents, il est clair que l’opportunité pour les enfants en domesticité de se développer est enfin de compte très limitée. Enfin, sur le plan psychologique, l’enfant  restavèk grandit sans enfance, il est traumatisé. En Haïti on dit des enfants traumatisés, qu’ils sont zombifiés et ne peuvent vous regarder dans les yeux, ils ne peuvent s’exprimer. Il devient crucial pour tous les secteurs de se pencher sur le phénomène de la domesticité qui persiste dans notre société. La situation reste toujours alarmante. En dépit d’une législation qui sanctionne le travail des enfants en domesticité, bon nombre de ceux en domesticité constituent une masse servile éloignée de leurs parents et privée de scolarisation. Ces enfants sont souvent l’objet de toutes sortes de discriminations qui portent attente à leur dignité et à leur développement psychosocial. Il parait que la législation haïtienne sur la domesticité et insuffisante à l’éradication de ce phénomène.

Jeannia Dupoux

Directrice de la fondation